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1.  INTRODUCTION A LA SCIENCE HALIEUTIQUE

1.1  Histoire de la science halieutique

De nos jours l'histoire de l'exploitation par l'homme des ressources de la pêche constitue une morne lecture. Les premiers documents qui existent sur les pêches sont presque uniquement ceux concernant le déclin du rendement de l'une ou l'autre pêcherie. Il en est de même actuellement. Cependant, ce n'est qu'à partir du 19ème siècle qu'une combinaison de facteurs a amené au démarrage de la science halieutique. Dans la seconde moitié du 19ème siècle les pêcheries de la plie de la mer du Nord étaient en mauvaise condition. L'augmentation de l'effort de pêche n'a pas augmenté le volume des captures, la capture par unité d'effort déclinait de même que le poids moyen des plies pêchées. La pêcherie montrait tous les signes de ce que l'on appelle aujourd'hui la “surexploitation”. Cependant, des pêcheries s'étaient effondrées dans le passé sans avoir provoqué la mise en route de la recherche. Mais les mêmes facteurs qui conduisaient à la surexploitation, l'industrialisation et la progression de la technologie, fournissaient aussi des fonds pour payer des chercheurs chargés de rechercher les raisons de l'effondrement. Il en est résulté de nombreuses enquêtes publiques, surtout en Grande-Bretagne, pour recueillir des informations qui donneraient une réponse à la question de savoir pourquoi les stocks de plie de la mer du Nord avaient décliné et pour déterminer ce qui pourrait être fait pour remédier á cette situation. C'était la naissance de la science halieutique.

1.2  Histoire d'une pêcherie

L'examen des statistiques de quelques pêcheries a rapidement révélé qu'elles présentaient toutes le même aspect (Fig. 1.1). Quand l'effort de pêche total augmentait avec le temps les captures augmentaient au début, atteignaient un maximum et ensuite se stabilisaient, ou même parfois étaient bien inférieures à celles obtenues à de faibles niveaux d'effort de pêche. En même temps, et la capture par unité d'effort et le poids moyen des poissons individuels de la capture diminuaient d'une manière continue. Alors qu'il est clair que la raison fondamentale de cette situation est simple - on capturait trop de poissons - dans chaque pêcherie particulière il faut effectuer une analyse détaillée pour déterminer combien de poissons (et de quelle taille) doivent être pêchés chaque année pour assurer l'avenir de la pêcherie. Cette analyse dépend de la disponibilité de renseignements appropriés dont la plupart peuvent être obtenus de la pêcherie elle-même.

1.3  Pourquoi enquêter sur une pêcherie

A première vue, l'histoire de l'exploitation par l'homme a été un succès avec des captures augmentant de 7 % par an depuis 1950, mais ce succès est plus apparent que réel. L'augmentation des captures a été obtenue surtout par l'exploitation successive de stocks vierges l'un après l'autre, laissant une série de stocks épuisés incapables de donner leur meilleur rendement. Cela ne peut continuer indéfiniment, il faut trouver des moyens pour contróler la pêche.

La suite normale des évènements dans une pêcherie non contrôlée est que l'augmentation du nombre d'unités de pêche s'arrête généralement parce que la capture par unité d'effort tombe à un niveau tellement bas qu'il devient antiéconomique d'en construire d'autres. Souvent, le nombre décroit car les navires les moins rentables sont retirés de la pêcherie et les navires le plus mobiles, tels que les chalutiers-usines et les congélateurs se dirigent vers d'autres stocks de poisson. Il est inhabituel que des pêcheries s'effondrent complètement (tracé A dans la Fig. 1.1) à moins que la pêche ait eu quelque sévère effet biologique sur le poisson, tel que la réduction du stock de reproducteurs à un niveau si bas que le recrutement est presque arrêté. Un exemple de ce cas est la pêcherie de hareng de l'Est Anglia anglaise. Supposant que ce ne soit pas le cas la pêche se stabilise aux niveaux montrés par B sur chaque courbe de la Fig. 1.1. C'est loin d'être une situation idéale; la pêche totale est de beaucoup inférieure au maximum possible et l'effort de pêche nécessaire pour la capturer est élevé et par conséquent non rémunérateur. Si la capture par unité d'effort s'élève suffisamment elle peut attirer de nouveau quelques-uns des navires mobiles et alors la pêcherie oscille.

L'objectif évident est de renverser la suite des faits et de stabiliser la pêcherie soit à quelque point C, près mais au-delà de l'optimum, soit au point D, où la capture maximum est pêchée, soit au point E où la pêche produit moins que la capture maximum mais de la manière la plus économique. Avant de prendre la décision pour atteindre un de ces objectifs il faut déterminer les facteurs fondamentaux de la forme de ces courbes.

1.4  Le rôle du chercheur halieutique

Avant d'examiner cette question, il est important d'envisager le rôle du chercheur halieutique. La majorité des pêcheries sont internationales et beaucoup d'entre elles sont soumises aux règlements de commissions internationales qui fixent les règlements soit pour tous les stocks d'une zone donnée soit pour certaines espèces. Des exemples des premières sont la Commission des pêcheries pour l'Atlantique du Nord-Est (CPANE) et la Commission internationale des pêches de l'Atlantique du Nord-Ouest (CIPAN) qui, entre elles, réglementent la pêche dans la plus grande partie de l'Atlantique nord, et un exemple de la seconde est la Commission du flétan du Pacifique qui réglemente la pêche pour ce stock de flétan. Toutes les nations qui pêchent les stocks dans la zone dépendant d'une commission ou le stock dans le cas d'une commission pour une seule espèce, doivent y être représentées si elle doit être efficace et elles le sont généralement.

Les chercheurs halieutiques présentent leurs données aux commissions mais les chercheurs ne prennent pas les décisions finales sur les règlements. Ceux-ci sont établis par des administrateurs et des politiciens qui tous deux tiennent compte des intérêts tant nationaux qu'internationaux. C'est une caractéristique des réglementations dans les commissions des péches que les intérêts nationaux à court terme tendent à l'emporter sur ceux á long terme ou les intérêts internationaux. Cette tendance est accrue si les conseils scientifiques sont incertains ou peu concluants. L'histoire de la Commission baleinière internationale est un exemple classique.

Le chercheur halieutique a donc non seulement la responsabilité de rassembler des données afin de pouvoir conseiller mais aussi la responsabilité de rassembler ses données de la meilleure manière possible afin de pouvoir conseiller avec confiance et précision. Parce qu'une pêcherie présente des fluctuations d'une année sur l'autre le chercheur a aussi besoin de la contrôler, de mettre à jour ses estimations et de continuer ses recherches par l'amélioration de ses méthodes.

1.5  Comment enquêter sur une pêcherie

Avant qu'un chercheur halieutique puisse même commencer à donner des conseils il doit savoir quelles informations il doit rassembler pour décrire sa pêcherie. Une série de recherches sont impliquées pour beaucoup desquelles la pêcherie fournit les données.

1.5.1  Données sur les captures et l'effort de pêche

Ces données sont fournies par la pêcherie et sont souvent les seules disponibles. Les états de captures totales sont généralement disponibles longtemps avant toute autre information parce que les renseignements sur les captures et leur valeur sont importants pour des raisons économiques. Cependant, les captures nous en disent peu sur l'état de la pêcherie; comme le montre la Fig. 1.1, la même capture totale pourrait provenir d'un stock sous-exploité aussi bien que d'un stock surexploité. Pour avoir une compréhension réelle de la pêcherie il faut quelque mesure de l'effort de pêche. Il n'est pas toujours facile de recueillir un indice significatif de l'effort de pêche mais parfois des estimations4 asses grossières suffiront.

1.5.2  Données sur la composition des longueurs et áges

Les autres données fournies par la pêcherie sont celles sur les compositions des longueurs et, mais pas toujours, celles des âges. Cependant, les captures sont généralement très élevées, par exemple, la nombre d'anchoveta pêchés par les navires péruviens en une année peut dépasser 10 000 000 000. Il est impossible de mesurer tout ces poissons et il faut établir un systéme d'échantillonnage afin que les mensurations de quelques poissons fournissent des renseignements sûrs concernant la capture totale. Si on utilise un bon systéme de statistiques pour échantillonner les captures et si les échantillons sont prélevés selon des dispositions prescrites, alors les caractéristiques de la population (par exemple, la distribution des longueurs de l'anchoveta péruvien) peuvent être estimées à n'importe niveau de précision désiré.

1.5.3  Recherches biologiques

Certaines recherches doivent être faites par le chercheur halieutique. Parmi celles-ci la détermination de la structure du stock est la plus importante parce qu'il est essentiel de relier les captures au stock de poissons dont elles proviennent. Elle est généralement déterminée par le marquage ou moins couramment par quelque autre méthode, telle que l'étude des caractères méristiques.

Le poisson est aussi part de son environnement et réagit par rapport à lui quand il migre, donc les études des courants sont importantes. Dans les sones de remontée d'eau du fond le type des systèmes de courants peut avoir un effet décisif sur la pêcherie. Les caractéristiques physiques et chimiques des courants déterminent sur une grande étendue la productivité de base d'une région dont dépendent les tailles ultimes des stocks. L'étude du phytoplancton, du zooplancton et la nourriture du poisson sont tous des maillons de cette chaîne bien que jusqu'à ce jour les études n'aient été que de peu d'utilité pour aider à résoudre les problèmes halieutiques.

1.5.4  Dynamique des populations

Pour utiliser toutes ces informations il faut les méthodes de la dynamique des populations pour permettre au chercheur halieutique de répondre aux questions posées par l'exploitation d'une pêcherie, qui ait été mises en relief auparavant. La dynamique des populations s'appuie sur la construction de modèles qui décrivent la pêcherie et permettent des prévisions. Avec des données précises meilleur sera le modèle, plus correctes seront les prévisions.

1.6  Le but de ce manuel

La série d'études décrites dans les sections 1.5.1 à 1.5.4 sont les fondations de la construction de n'importe quelles recherches sur les pêches et ce manuel fournit une introduction aux voies principales selon lesquelle ces études sont conduites. Aucune section n'est complète parce que chacune est prévue pour guider vers des études ultérieures sur chaque sujet, mais chacune est conçue pour montrer de quelles méthodes de travail on dispose, et comment ces recherches peuvent conduites au mieux pour permettre au chercheur halieutique d'atteindre ses objectifs. D'après Gulland (1971) le rendement des ressources traditionnelles de téléostéens est à peu près à son niveau maximum estimé de 100 000 000 de tonnes par an et il existe peu de stocks sous-exploités à développer. Pour une expansion future nous devrons dépendre de ressources non-traditionnelles, telles que le krill. Dans cette situation nous sommes encore plus obligés d'exploiter nos ressources traditionnelles de la meilleure manière possible. A cette fin le chercheur halieutique doit jouer un rôle primordial.

1.7  Références

Gulland, J.A., 1971 The fish resources of the ocean. Fishing News (Books) Ltd., London, 255 p.

Fig. 1.1

Fig.1.1 Histoire généralisée d'une pêcherie


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