FO:NAFC/2000/8(c) |
COMMISSION DES FORÊTS POUR L'AMÉRIQUE DU NORD |
Point 6(c) de l'ordre du jour provisoire |
VINGTIÈME SESSION |
St. Andrews, Nouveau Brunswick, Canada, 12-16 juin 2000 |
LA SEQUESTRATION DU CARBONE DANS LE CONTEXTE DE L'AMÉRIQUE DU NORD |
1. La population du globe, qui était de 1,6 milliard d'âmes au début du XXe siècle, se chiffre aujourd'hui à 6,56 milliards d'être humains. En marge de cette hausse, l'industrialisation et la croissance économique ont rehaussé la consommation de ressources naturelles par tête d'habitant, ce qui a entraîné une aggravation de la pollution de l'air, du sol et des ressources hydriques. La détérioration accrue de l'environnement suscite des préoccupations pour le développement écologiquement durable. On craint notamment la déperdition et le taux de disparition des forêts et on s'inquiète qu'elles ne soient plus en mesure de subvenir aux besoins croissants d'une population en constante augmentation. Ce phénomène explique que les forêts soient devenues l'un des dossiers chauds dans les programmes politiques et stratégiques nationaux et internationaux.
2. Le problème auquel se heurte la collectivité internationale au sujet des forêts consiste à répondre à la demande d'un plus grand nombre de produits forestiers par une population en constante augmentation tout en préservant les valeurs socio-économiques, industrielles et environnementales des terres forestières dont la superficie rétrécit et qui se dégradent à l'échelle mondiale. La déperdition et la dégradation des ressources forestières dans le monde entier sont lourdes de conséquences sur le rôle des forêts comme puits et réservoirs de carbone dans le cycle du carbone global.
3. Pour se doter de conventions, de responsabilités et d'engagements communs au sujet de l'atténuation des changements climatiques et de l'adaptation à ces changements, la collectivité internationale a adopté la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCCC-ONU) en 1992. Le Protocole de Kyoto approuvé en 1997 au Japon ne fait que conforter la CCCC et oblige 39 pays développés à réduire leurs émissions de 5 % par rapport à leur niveau de 1990 au cours de la période 2008 à 2012 (Stewart et Maini, 1995).
4. La Convention-cadre originale sur les changements climatiques, négociée au Sommet de la Terre en 1992, reconnaît le besoin de fixer des niveaux cibles nationaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le monde entier. Depuis lors, les pays ont continué de négocier les cibles et les moyens de mettre en _uvre la Convention sur les changements climatiques. Le Protocole de Kyoto a été une véritable percée car il fixe des cibles immuables au sujet des émissions nationales et il précise les principaux moyens qui s'offrent aux différents pays d'atteindre ces cibles. Le Protocole de Kyoto prévoit l'échange de droits d'émission et la comptabilisation du dioxyde de carbone absorbé par les forêts après 1990, sans oublier les activités de reboisement, de boisement et de déboisement (SEMARNAP, 1999).
5. Ce document analyse certaines des stratégies d'élaboration de programmes forestiers visant à agrandir et à renforcer les forêts comme puits de carbone atmosphérique dans les pays de la CFAN en vue d'atténuer les éventuels changements climatiques.
6. Les changements climatiques ou le réchauffement de la planète peuvent se définir comme l'augmentation possible des températures du globe à cause de l'augmentation très rapide et importante des concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère. Cette hausse est principalement due aux émissions de GES résultant de l'activité humaine qui perturbent la composition d'origine de l'atmosphère.
7. Les principaux gaz à effet de serre (GES) sont : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O), l'ozone, l'anhydride sulfureux et le carbone chloré. Le dioxyde de carbone est le gaz le plus inquiétant en ce qui concerne les forêts. Ses concentrations dans l'atmosphère ont augmenté d'environ 280 ppmv à 370 ppmv de nos jours, essentiellement à cause de la combustion des combustibles fossiles et de la déperdition des forêts par voie de déboisement.
8. Les forêts sont de vastes bassins de carbone en perpétuelle évolution. Les arbres absorbent le dioxyde de carbone de l'atmosphère, le transforment en hydrates de carbone, dont le carbone est un ingrédient essentiel, et le stockent. Une partie est stockée dans les racines, une autre dans les feuilles, les branches et le tronc.
9. Lorsque les arbres poussent, qu'ils tombent malades, meurent ou qu'ils sont décimés par le feu, le carbone qu'ils contiennent est redistribué. Une partie est rejetée dans l'atmosphère, mais, même après un incendie, seule une infime partie de la biomasse forestière est rejetée immédiatement dans l'atmosphère. Le reste aboutit sur la couverture morte et dans les sols où il se décompose ensuite sur un très long délai. Tout le processus s'appelle le cycle du carbone et est illustré à la figure 1 au sujet d'une forêt.
10. Le dioxyde de carbone est le principal gaz à effet de serre et les écosystèmes forestiers de la planète représentent environ 50 % (100 milliards de tonnes de carbone GtC) des échanges annuels entre ce gaz et l'atmosphère. Outre leur rôle dynamique et significatif dans le cycle annuel du carbone, les écosystèmes forestiers du monde entier sont d'immenses bassins de carbone de par leurs sols et leur biomasse sur pied, à hauteur respectivement de 1 500 et de 650 GtC. Au Canada, on estime que le volume de carbone stocké dans toutes les forêts et les produits forestiers canadiens en 1994, à l'exclusion des tourbières, était de l'ordre de 221,1 GtC. Cela englobe 14,3 GtC dans la biomasse végétale sur pied (fûts, branches, racines, etc.), 70,1 GtC dans les sols et les détritus forestiers, 699 millions de tonnes (0,699 GtC) dans les produits forestiers et 135 GtC dans les sols des tourbières

11. Une plantation à croissance rapide ayant un taux annuel moyen de croissance de 20 m³ de bois par hectare peut générer 500 kg de bois desséché par mètre cube (10 tonnes/ha) contenant 50 % de carbone (5 tonnes/ha par an de carbone). Les scientifiques ont élaboré des équations qui nous permettent également d'estimer le volume de carbone dans les racines, les branchages et les feuilles. Cela veut dire que nous pouvons estimer avec précision la quantité de dioxyde de carbone qui est absorbée par les arbres à mesure qu'ils s'accroissent (SEMARNAP, 1999).
12. À mesure que la superficie boisée de la planète diminue à cause du déboisement, le carbone de ce réservoir est rejeté dans l'atmosphère et contribue aux changements climatiques. On estime les émissions de carbone dans l'atmosphère par déperdition du couvert forestier à entre 1 et 3 Pg C an-1 (Houghton, 1993; avis de Stewart et Maini, 1995); à titre de comparaison, la consommation humaine de combustibles fossiles émet environ 6,0 Pg C an-1 dans l'atmosphère (GIEC, 1992; avis de Stewart et Maini, 1995). L'analyse de Houghton incite à croire en outre que, depuis 20 ans, les émissions résultant de la combustion de la biomasse augmentent à un rythme plus rapide que les émissions résultant de la combustion des combustibles fossiles. Pour ce qui est du réchauffement de la planète survenu depuis un demi-siècle, plus de la moitié est attribuable à l'augmentation des concentrations de CO2 dans l'atmosphère qui se rattache à la combustion des combustibles fossiles et au déboisement, le reste étant attribuable à la hausse des émissions d'autres gaz à effet de serre, dont le méthane, l'ozone, les CFC et les oxydes nitreux. On s'attend à ce que la combustion de combustibles fossiles et le déboisement concentrent près de 55 % du forçage radiatif supplémentaire qui surviendra au cours du prochain siècle (Houghton, 1990; avis de Stewart et Maini, 1995). D'après ces estimations, il est clair que le déboisement continuera de contribuer pour beaucoup à la hausse des concentrations de CO2 dans l'atmosphère dans un avenir prévisible. La question critique qui se pose au sujet de la gestion du carbone mondial par rapport au problème des changements climatiques est de savoir comment ralentir, enrayer et finalement inverser ce processus.
13. À cet égard, les pays de la CFAN ont opté pour différentes mesures dans le secteur forestier. On recense deux grands groupes de stratégies d'atténuation :
14. Ce groupe de mesures embrasse les pratiques sylvicoles qui visent à élargir la superficie recouverte d'arbres et (ou) la quantité de biomasse aérienne et souterraine, de même que le volume de carbone stocké dans le sol.
15. La dégradation des forêts se traduit par une baisse ou une déperdition de la diversité des espèces, de la productivité, de la capacité de régénération et de l'intégrité écologique des écosystèmes forestiers.
16. Les terres dégradées ne sont pas généralement le résultat immédiat de la conversion des terres forestières à l'agriculture, mais plutôt le fruit d'une utilisation agricole non durable qui donne lieu à une dégradation et à un appauvrissement de l'état du sol avec le temps. C'est à cause de cela qu'à peine la moitié de la superficie de forêt tropicale convertie chaque année à l'agriculture vient s'ajouter à la superficie affectée à l'agriculture permanente. L'autre moitié n'est utilisée que provisoirement, souvent pour des durées de cinq à dix ans, après quoi elle se dégrade à tel point qu'elle est impropre aussi bien à l'agriculture qu'à la foresterie (Houghton,1993; Hecht 1994; Skole et al., 1994; avis de Stewart et Maini, 1995).
17. De plus, le bois dans quantité de pays du monde est la principale source d'énergie. Par exemple, les chiffres signalés par le WRI/PNUE/PNUD révèlent que les combustibles traditionnels ont subvenu à 37 % des besoins énergétiques totaux de l'Afrique, à 40 % de ceux de l'Amérique centrale (Mexique exclu), à 20 % de ceux de l'Amérique du Sud et à environ 32 % de ceux de l'Asie tropicale. Les estimations du WRI/PNUE/PNUD (1992) incitent à croire qu'en Afrique et en Amérique centrale, la surexploitation des terres forestières pour l'approvisionnement en bois de chauffage est une cause pratiquement aussi importante que le déboisement de la dégradation des terres (tableau 1). En Asie et en Amérique du Sud, la surexploitation des terres forestières pour l'approvisionnement en combustible revêt elle aussi de l'importance. À titre de comparaison, on peut affirmer le contraire en ce qui concerne les pays développés, où l'essentiel du bois produit est destiné à des utilisations industrielles et à des produits à valeur ajoutée (Stewart et Maini, 1995).
18. Au Mexique, le Programme national de reboisement (PRONARE) a pour but de protéger, de rétablir et de préserver les écosystèmes, leur biodiversité et leur productivité par la plantation et l'utilisation d'essences souhaitables sur les terres peu après l'enlèvement des forêts d'origine.
19. Le rétablissement des terres forestières dégradées, qui se traduit par une hausse de la séquestration et du stockage du carbone dans ces terres, est possible par les mesures suivantes :
|
Région |
Superficie dégradée totale
|
Superficie dégradée en % des terres végétales
|
Déboisement
|
Surexploita-tion pour le bois de chauffage
|
Surpâtu-rage
|
Agriculture
|
Industrialisation
|
|
(millions ha)
|
%
|
%
|
%
|
%
|
%
| ||
|
Monde |
1964.4
|
17.0
|
30
|
7
|
35
|
28
|
1
|
|
Afrique |
494.2
|
22.1
|
14
|
13
|
49
|
24
|
-
|
|
Asie |
747.0
|
19.8
|
40
|
6
|
26
|
27
|
-
|
|
Amérique du Sud |
243.4
|
14.0
|
41
|
5
|
28
|
26
|
-
|
|
Amérique centrale et Mexique |
62.8
|
24.8
|
22
|
18
|
15
|
45
|
-
|
|
Océanie |
102.9
|
13.1
|
12
|
-
|
80
|
8
|
-
|
|
Europe |
218.9
|
23.1
|
38
|
-
|
23
|
29
|
9
|
|
Amérique du Nord |
95.5
|
5.3
|
4
|
-
|
30
|
66
|
-
|
Source: WRI/PNUE/PNUD, 1992.
20. L'objectif de PRONARE pour la période 1995-2000 est de produire et de planter 1 610 millions d'arbres qui serviront à reboiser environ 691 000 ha de terres dégradées à cause d'un déboisement partiel ou total (SEMARNAP, 1998).
21. Au Canada, les programmes de génétique et d'amélioration des arbres ont pour but de développer des variantes à croissance plus rapide des essences traditionnelles dotées d'une meilleure résistance à la maladie. D'ici 2005, près de la moitié de toutes les plantations de reboisement au Canada devrait se faire à l'aide d'essences à croissance plus rapide. Le motif de ce phénomène est l'approvisionnement en bois de l'industrie, même si l'accélération des efforts dans ce domaine pourrait se traduire par une hausse à long terme de la séquestration du carbone. L'aménagement de la densité des forêts par des coupes d'éclaircie précommerciale et commerciale a actuellement lieu dans certaines régions du Canada.
22. Dans ce cas également, l'objectif est d'augmenter les approvisionnements en bois ou d'accélérer sa disponibilité, et non pas d'accroître la séquestration du carbone, même si l'augmentation de la séquestration à long terme semble possible dans certaines régions.
23. Les plantations de forêts d'intérêt commercial sont des cultures arbustives analogues aux cultures en rangs en agriculture. Leur structure est simple et se limite généralement à quelques essences sélectionnées en fonction de leur croissance rapide, de leur production commerciale et des installations d'aménagement sylvicoles qui dictent une productivité volumétrique plus élevée que celle des forêts naturelles des régions tropicales et tempérées. Par exemple, même les plantations d'Argentine, qui représentent à peine 2 % de la superficie boisée, concentrent 60 % de la production industrielle de bois de chauffage dans ce pays.
24. La plupart des plantations ont pour seul objectif de produire du bois rond industriel ou du bois de chauffage, alors que d'autres sont créées à des fins commerciales, pour protéger l'environnement et rendre d'autres services (p. ex. la conservation des ressources pédologiques et hydriques, l'amélioration de la production agricole dans les écosystèmes forestiers ou la séquestration et le stockage du dioxyde de carbone), et que certaines d'entre elles produisent des produits forestiers non ligneux (p. ex. des fourrages, des médicaments et d'autres produits d'alimentation).
25. Même si, dans les pays développés, il est difficile de séparer les plantations forestières des forêts naturelles, entre 1980 et 1995, on estime que la superficie de plantations forestières est passée de 45 à 80 millions d'hectares. Cela représente une hausse d'environ 40 millions d'hectares depuis 1980.
26. On prévoit que les plantations forestières d'intérêt commercial joueront un rôle de plus en plus important dans l'avenir des programmes forestiers nationaux. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que la superficie des plantations forestières doublera entre 1995 et 2010. Cela augmente immanquablement l'importance des plantations comme option d'atténuation des changements climatiques à l'échelle mondiale (FAO, 1999).
27. Au Mexique, le gouvernement fédéral dédommage les propriétaires fonciers qui établissent et entretiennent des plantations forestières d'intérêt commercial, en leur remboursant jusqu'à 65 % des dépenses d'entretien par hectare sur une période de sept ans. L'objectif au cours des 25 prochaines années est d'appuyer l'établissement de 875 000 ha de plantations forestières comportant des essences exotiques à croissance rapide et des essences indigènes à haute valeur commerciale.
28. Selon la Loi sur les forêts, les plantations ne peuvent être établies que sur les terres qui ont été déboisées, et les bénéficiaires, dans le cadre de leurs obligations contractuelles, doivent protéger et (ou) rétablir toute la végétation indigène résiduelle située dans les limites du projet.
29. À ce jour, divers efforts déployés au Canada ont porté sur la plantation d'arbres, sans que beaucoup d'entre eux aient pour objectif explicite la séquestration du carbone. La plantation de brise-vent dans les exploitations agricoles bénéficie de l'appui de l'Agence du rétablissement agricole des Prairies dans certaines parties du pays afin d'empêcher l'érosion du sol et à d'autres fins, et de nombreuses municipalités se livrent également à la plantation d'arbres.
30. L'industrie des produits forestiers a planté au moins 6 000 ha dans diverses régions du pays afin d'accroître l'approvisionnement en fibres, même si, historiquement parlant, les activités de boisement de l'industrie n'ont guère été économiques compte tenu de l'étendue des forêts naturelles au Canada. Seul un programme de taille vise expressément la séquestration du carbone : la Fondation canadienne de l'arbre favorise la plantation d'arbres dans les régions urbaines et rurales du Canada en vertu de partenariats, d'un financement direct et d'une aide technique. La séquestration effective depuis le début de ses travaux se chiffre sans doute à moins d'une mégatonne de CO2.
31. La séquestration du carbone grâce à la plantation d'arbres sur des terres agricoles inutilisées ou à rendement marginal offre la possibilité d'une hausse significative à long terme. Par exemple, l'établissement de 800 000 ha de plantations et de plantations brise-vent à l'aide d'essences traditionnelles (pin de Murray, épinette blanche, épinette noire, pin rouge, pin gris, tremble) sur 15 ans aura pour effet de séquestrer au moins 200 mégatonnes de CO2 (57 méga- tonnes de carbone) sur une période de 50 ans. Du carbone supplémentaire pourrait être séquestré dans les sols, les broussailles et les herbages, et la séquestration se poursuivra au-delà du délai de 50 ans dans le cas de nombreuses espèces. Une autre possibilité réside dans les plantations d'essences à croissance rapide, comme le peuplier hybride, qui séquestre le carbone à un rythme beaucoup plus rapide.
32. Un tel niveau de boisement se heurte à un certain nombre d'obstacles au Canada. Mentionnons notamment la difficulté que l'on a à séduire les propriétaires privés, la nécessité d'engager de gros investissements pour avoir accès aux terres et pour les planter et la nécessité d'élaborer un cadre administratif et institutionnel. Sans oublier bien sûr les préoccupations que suscitent les incidences sur l'environnement des plantations à grande échelle.
33. En même temps, le boisement peut présenter un intérêt de plus en plus grand pour toute une variété d'intervenants, notamment pour les entreprises de produits forestiers qui font face à une pénurie de fibres, le secteur énergétique et d'autres entreprises qui cherchent à neutraliser leurs émissions par une fixation du carbone, sans oublier d'autres investisseurs qui s'intéressent à la valeur potentielle du carbone.
34. Parmi ce groupe de mesures, mentionnons toutes celles qui ont pour but de préserver la biomasse existante en limitant le taux actuel de déboisement, en réduisant les facteurs de risque et en appuyant les actions qui visent la régénération des forêts naturelles des régions tropicales et tempérées.
35. Le déboisement a des répercussions d'ordre local, national, transfrontalier et mondial sur l'environnement et l'économie. Parmi ses effets sur l'environnement, mentionnons l'érosion du sol (Fearnside, 1979; Hecht, 1985; Serrao et Toledo, 1990; avis de Stewart et Maini, 1995); les revirements du régime hydrologique, l'envasement des barrages, des cours d'eau et des lacs (Salati et Vose; 1984; avis de Stewart et Maini, 1995); la capacité réduite des sols à retenir l'eau; les changements radicaux qui affectent les microclimats, notamment la baisse des précipitations, l'augmentation de la fréquence et de la gravité des inondations et le réchauffement des températures (Houghton, 1993; avis de Stewart et Maini, 1995). En même temps, dans une optique sociale et économique, le déboisement n'est pas sans rapport avec la déperdition d'énergie, de nourriture, d'abri et d'autres ressources pour les habitants locaux. Ces effets sont fort préoccupants pour le développement soutenu des pays en développement et des populations dont la survie dépend directement de la forêt. En revanche, dans de nombreux pays du monde, la conversion des terres forestières à d'autres affectations est nécessaire pour répondre à la demande de nourriture d'une population sans cesse croissante et pour aider au développement économique.
36. On s'attend à ce que la population du globe atteigne la barre des dix milliards d'êtres humains au siècle prochain. L'augmentation de la population mondiale et le développement économique se rattachant à cette croissance dans de nombreux pays du monde exercent des pressions de plus en plus grandes sur les ressources forestières pour qu'elles procurent des terres destinées à d'autres affectations et qu'elles fournissent un plus grand nombre de produits et de services. Une bonne part de ces pressions visent à convertir les terres forestières à d'autres usages, essentiellement à l'agriculture. D'autres pressions, comme la récolte de bois de chauffage, de nourriture et de fourrages, la conversion en pâturages, la pauvreté, l'absence de droits de propriété et de tenures foncières, et une longue liste de facteurs exogènes comme la corruption politique, l'endettement à l'étranger, etc., ne font qu'ajouter à la déperdition et à la dégradation des forêts et des terres forestières.
37. En fait, l'un des principaux problèmes qui se rattachent au rôle des forêts comme puits et bassins de carbone est précisément le déboisement. Dans cet article, le terme « déboisement » désigne un changement d'affectation des terres (p. ex. l'enlèvement de la forêt et son remplacement par une autre affectation, qu'il s'agisse de son affectation à l'agriculture permanente, à l'élevage, à la construction de routes, de villes, de barrages, etc.).
38. Une des principales causes du déboisement est la nécessité d'accroître la superficie des terres en culture pour subvenir aux besoins d'une population mondiale sans cesse plus nombreuse en matière d'aliments et de fibres. L'analyse de Allan et Lanly (1991) révèle qu'une augmentation d'environ 10 millions d'hectares par an-1 des terres agricoles de la planète est nécessaire pour subvenir aux besoins alimentaires d'une population mondiale qui augmente actuellement au rythme que l'on sait. Or, les estimations actuelles du déboisement portent à croire que le rythme de conversion des terres forestières à d'autres utilisations est environ le double de ce taux. Les analyses de la FAO (1990) et de Houghton (1993) révèlent que près de la moitié des terres converties chaque année s'explique par l'augmentation des terres abandonnées (terres composées de terres en culture et de pâturages dégradés incapables de subvenir à la production agricole ou à l'élevage du bétail).
39. Pour assurer le développement durable des forêts et renforcer leur utilisation comme puits et bassins de carbone, il faut bien comprendre les causes du déboisement et de la dégradation des forêts sous de nombreux rapports. Ce n'est qu'en déterminant et en cernant les causes profondes que l'on pourra trouver des solutions afin de ralentir, d'enrayer et, en définitive, d'inverser la dynamique actuelle du déboisement, ce qui permettra de préserver les forêts de la planète comme puits et bassins de carbone atmosphérique.
40. Il est clair que le fait de rendre les terres actuellement affectées à l'agriculture plus productives et écologiquement plus durables est un moyen efficace de réduire le déboisement des forêts tropicales et d'en assurer le maintien comme principaux puits et bassins de carbone atmosphérique (Steward et Maini, 1995).
41. Au Mexique, au début des années 1990, les déperditions de végétation forestière dans les forêts tempérées et tropicales ont atteint 670 000 ha/an, moyennant des émissions de carbone équivalentes de 37 millions de tonnes par an.
42. Si l'on se fonde sur les données provenant de l'inventaire des émissions nationales du Mexique, on estime qu'en 1996, 45 % (44,2 millions d'hectares) de la superficie forestière totale du Mexique, qui se chiffre à 98 millions d'hectares, a été perdue au profit du déboisement.
43. Entre 1970 et 1990, les terres agricoles du Mexique ont augmenté de 39 %, tandis que les secteurs destinés à l'élevage du bétail ont augmenté de 15 %, la superficie forestière diminuant pour sa part d'environ 13 %. Au nombre des principales causes du déboisement, mentionnons la sous-évaluation économique des régions boisées, la hausse des activités agricoles et d'élevage et l'incertitude entourant les droits de propriété.
44. Le projet « Homshuk » dans l'État du Chiapas s'inscrit dans ce programme et permet de coordonner les efforts et les ressources du Programme d'alliance rurale auquel participent le SAGAR, le SEDESOL, le SEMARNAP et le gouvernement de l'État du Chiapas. L'axe intégral du projet ne prévoit pas seulement un régime traditionnel d'éclaircissement, de coupe et de brûlage, mais d'autres secteurs productifs qui complètent les recettes des agriculteurs comme la petite culture, la culture du café et d'autres produits commerciaux, en dehors de l'élevage du bétail, de l'apiculture et des projets forestiers. Au cours de sa première phase, soit entre 1998 et 2000, le projet profitera à 105 collectivités et 5 250 agriculteurs du nord du Chiapas. On estime que la superficie potentielle de terres agricoles migratoires qui peuvent devenir sédentaires au pays dépasse les 3 millions d'hectares (SEMARNAP, 1998).
45. Au Canada et aux États-Unis, le changement d'affectation des terres résultant du déboisement n'est pas un problème significatif compte tenu des superficies boisées globales de ces deux pays aujourd'hui.
46. La conservation et la protection de la diversité biologique et des services que cela rend à l'environnement sont aujourd'hui une priorité de la politique environnementale des pays de la CFAN. Ces mesures se reflètent dans les politiques et les programmes se rattachant aux aires protégées naturelles, aux réserves de la biosphère, aux parcs nationaux, aux repères naturels, aux aires de protection des ressources naturelles et aux aires de protection de la flore et de la faune.
47. Ces aires représentent des terres ou des portions d'étendues d'eau de différents écosystèmes où l'environnement original n'a pas été perturbé par l'activité humaine et qui sont liées à des régimes spéciaux de protection, de conservation, de rétablissement et de développement.
48. Au Mexique, l'Institut national d'écologie est chargé d'administrer les aires protégées en vertu du Programme 1995-2000 des aires protégées naturelles. L'objectif de ce programme est de renforcer la conservation des aires existantes et de conforter le statut de protection par la fortification des institutions et la gestion d'instruments conformes à la législation environnementale.
49. La superficie qui jouit d'un statut de protection au Mexique s'élève à 11 808 680 ha répartis entre 112 aires protégées naturelles.
50. Les forêts tempérées et tropicales du monde entier ont comme fonction naturelle importante de préserver l'environnement : ce sont elles qui protègent les bassins hydrographiques, qui assurent la survie des espèces fauniques sauvages et qui contribuent à l'équilibre des écosystèmes qui, autrement, seraient perturbés. De plus, elles fournissent quantité de produits essentiels aux habitants des régions rurales et urbaines, assument un rôle économique important par l'extraction commerciale de produits ligneux pour les secteurs du bâtiment, du papier et de la pâte de bois, etc., qui, dans d'autres pays, contribuent de manière significative à la configuration du produit national brut.
51. Selon les statistiques de la FAO, 25 % de la surface de la planète est recouverte de forêts. Cette couverture végétale importante fait l'objet d'un déboisement au rythme annuel calculé de 16 millions d'hectares. Dans les pays en développement, en raison de l'absence d'avantages économiques immédiats provenant des ressources forestières, un grand nombre de collectivités cherchent des solutions de production rapide dans l'agriculture et l'élevage du bétail. Les superficies boisées qui ne sont pas officiellement utilisées ne bénéficient pas d'un plan d'aménagement suffisant qui autorise la préservation de la couverture et de la densité originales. C'est pourquoi l'incorporation d'importantes superficies boisées dans des cadres d'aménagement durable visant à améliorer la production des forêts dans les secteurs déjà aménagés et à incorporer l'utilisation des ressources forestières non ligneuses est la mesure qui permettra à l'avenir de pouvoir compter sur des ressources forestières plus productives et jouissant d'une meilleure conservation (Stewart et Maini, 1995).
52. Au Mexique, l'Inventaire national des forêts, établi en 1994, affirme que la superficie boisée du pays est de 141,7 millions d'hectares recouverts de forêts tempérées et tropicales, de broussailles, d'arbrisseaux et d'autres types de végétation, en dehors des secteurs boisés soumis à différents niveaux de perturbation. Selon les statistiques de la FAO, le déboisement annuel au Mexique a diminué de 670 000 à 508 000 ha.
53. En revanche, la production forestière annuelle de ces dernières années a été inférieure à 7 millions de mètres cubes par rapport à un potentiel maximum durable établi à 30 millions de mètres cubes. On estime que la productivité moyenne réelle des zones sylvicoles soumises à un aménagement (1 m³/ha/an) pourrait tripler advenant que les technologies qui ont déjà fait leurs preuves au Mexique soient systématiquement utilisées.
54. À ce propos, le gouvernement mexicain est convaincu que l'utilisation rationnelle des ressources forestière constitue la meilleure garantie de conservation. Pour lutter contre l'exploitation clandestine et diminuer le déboisement, aucune mesure ne donnera de meilleurs résultats que le fait d'obtenir la participation des communautés qui dépendent de l'utilisation durable des forêts pour améliorer leur mode de vie.
55. Le Programme national des forêts et des sols 1995-2000 compte parmi ses projets prioritaires le Programme de développement des forêts (PRODEFOR), dont l'objectif primordial est l'aménagement durable et à long terme des ressources forestières. Le PRODEFOR procure directement aux producteurs forestiers des ressources des gouvernements étatiques et fédéral. Il vise à fournir une aide technique et à améliorer les méthodes de récolte, d'extraction, de transformation et de protection, sans oublier l'habilitation.
56. Le PRODEFOR est le premier programme créé par le gouvernement de la république du Mexique au profit de la forêt et de ses habitants, et il a d'intéressantes retombées sur la captation des eaux, la rétention du sol, l'amélioration du paysage, les loisirs et la séquestration du carbone (SEMARNAP, 1998).
57. Au Canada près de 95 % des forêts sont du domaine public de sorte que le reboisement, défini ici comme la régénération des sites après la récolte, et d'autres pratiques d'aménagement forestier sont réglementés de près. Les répercussions des régimes de propriété et d'aménagement au Canada sont telles qu'à l'heure actuelle, il est difficile d'accroître la séquestration par une modification des pratiques de reboisement. Les entreprises sont astreintes à des codes de pratiques et à des prescriptions sylvicoles pour régénérer les forêts de manière bien précise. Toutefois, on a mené certaines études sur la sélection des essences et l'aménagement par espacement ou selon la densité afin de déterminer l'impact des modifications sur l'augmentation de la séquestration et du stockage du carbone. Tout changement devra être soupesé par rapport à une foule d'autres paramètres et valeurs comme la biodiversité, les loisirs et les éléments culturels dont il faut tenir compte dans l'aménagement durable global des forêts du Canada.
58. Les feux de forêt déciment en moyenne 5 088 345 ha par an dans le cadre de 80 040 feux ravageant les forêts d'Amérique du Nord. Même si peut-être à peine 10 % du carbone stocké dans la région boisée touchée est rejeté au moment de l'incendie, la majeure partie du carbone ainsi perdu est rejeté au cours des cinq à dix années suivantes à cause de la décomposition du sol et de la biomasse tuée par le feu.
59. La réduction des feux de forêt, par des interventions directes visant à les éteindre, coûte très cher. De plus, on ne sait pas au juste si la lutte directe contre les feux réduira de manière sensible la superficie totale décimée à long terme. Les feux qui ont ravagé le parc de Yellowstone dans les années 1980 nous rappellent que le combustible qui a échappé au feu une année donnée reste disponible pour brûler ultérieurement; et l'on a même avancé l'hypothèse que l'extinction des incendies se traduit souvent par des incendies moins fréquents mais beaucoup plus dévastateurs. L'extinction active contribue cependant manifestement à réduire les risques pour les petits secteurs, comme les villages et les sites miniers, au sein de la forêt.
60. Il semble donc peu probable qu'une meilleure maîtrise des incendies se traduise par une augmentation importante, rentable et à long terme du stockage du carbone.
61. Les maladies des forêts sont un autre obstacle au renforcement des forêts nord-américaines comme puits de carbone atmosphérique. Heureusement, dans les pays de la CFAN, cette menace est relativement mineure.
62. Au Mexique, il n'existe qu'une seule étude de cas sur la séquestration du carbone qui repose sur une méthodologie digne de confiance. Celle-ci a été réalisée par Jose Ordoñez en 1998 et 1999 dans les forêts de pins tempérées de San Juan Nuevo dans l'État du Michoacan. Ces forêts sont aménagées par les propriétaires terriens (communautés indigènes) en vue d'une exploitation commerciale en utilisant la « méthode sylvicole des souches parentales » qui comporte l'éclaircie des arbres (tous les dix ans), la coupe de régénération et la coupe de dégagement finale. Le cycle total est de 50 ans. Les principaux produits forestiers sont le bois de pâte, le bois résineux et le bois de chauffage. L'essence la plus commune est Pinus pseudostrobus.
63. Les données sur la séquestration du carbone ont été obtenues à l'aide du modèle CO2 FIX et voici à quoi ressemblent les résultats :
64. Au Canada, très peu d'études de cas sur la séquestration du carbone ont été réalisées. Jusqu'ici, les seules études détaillées ont été réalisées en Colombie-Britannique et dans la Forêt modèle de Foothills, en Alberta. En Colombie-Britannique, on a appliqué le modèle national du bilan du carbone forestier du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada pour mener une analyse rétrospective du bilan du carbone des forêts de Colombie-Britannique pendant la période 1920-1989. Les estimations de ce modèle révèlent que le carbone stocké dans l'écosystème forestier a augmenté de 14,2 Pg C en 1920 à 18,1 Pg C en 1990.
65. Cette augmentation du carbone stocké dans l'écosystème est attribuable à une hausse de l'âge moyen des forêts et à l'accumulation connexe de carbone dans les biomes, le sol et les réservoirs de détritus. L'augmentation annuelle moyenne du carbone stocké dans l'écosystème au cours de ces 70 ans a été de 55,2 Tg C par an-1. Elle a baissé de 76,0 Tg C an--1 au cours de la période 1920-1924 à 18,7 Tg C an-1 au cours de la période 1985-1990. Cette variation est attribuable à la baisse des taux d'accumulation du carbone à mesure que les forêts prennent de l'âge et à l'enlèvement accru du carbone de la biomasse par la récolte. Moyennant un peaufinement des paramètres et des hypothèses se rattachant au modèle du bilan du carbone, on pourrait l'utiliser pour analyser le bilan du carbone de compensation dans les forêts de Colombie-Britannique dans le cadre d'autres scénarios futurs.
66. Pour ce qui est de la Forêt modèle de Foothills en Alberta, on a utilisé le modèle de bilan du carbone du secteur forestier canadien conçu par le Service canadien des forêts - Ressources naturelles Canada afin d'étudier les incidences passées et futures éventuelles de l'aménagement sur la séquestration du carbone dans les biomes forestiers, les sols et les produits ligneux récoltés. Les résultats révèlent que :
67. Par ailleurs, au Mexique, il y a d'autres projets en cours sur la séquestration du carbone (et non des études de cas sur le carbone) (SEMARNAP,1998) :
68. Séquestration du carbone par le salicorne, Bahia Kino, Sonora, Mexique : la première phase de ce projet se déroule dans un secteur de 30 ha où l'on s'efforce de séquestrer du carbone en cultivant du salicorne. En dehors de la séquestration du carbone, la culture de cette plante présente plusieurs avantages commerciaux possibles (comme bois, combustible, énergie électrique et fibres).
Dans un deuxième temps, on entend implanter une exploitation commerciale de 50 000 ha qui produira des biens et des matériaux dérivés du salicorne. On estime que la séquestration nette du carbone durant la première étape pourrait atteindre 600 tonnes. Si la deuxième étape est menée à terme, la séquestration du carbone pourrait atteindre près de 1,1 million de tonnes.
Ce projet est présenté comme un projet pilote dans le cadre des activités mises en _uvre conjointement (AMOC) établies en 1995 par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCCC-ONU) et le projet de Salt River, dont les principaux participants sont Haslophyte Enterprises Inc. et la Société internationale d'éco-énergie, à titre de représentants américains et Genesis S. A. des C. V. à titre de représentants mexicains. Incidemment, ce projet a été approuvé par le gouvernement mexicain et par la United States Initiative in Joint Implementation (USIJI).
69. Séquestration du carbone et aménagement durable dans les forêts de l'État du Chiapas (Scolel Te Project) : le but de ce projet est de concevoir un modèle de séquestration du carbone qui fera ses preuves et que l'on pourra appliquer à grande échelle dans les régions du Chiapas et d'autres régions analogues.
Parmi les principaux résultats visés, mentionnons :
Les autres retombées sont d'ordre économique : améliorer les perspectives de conservation des forêts mésophiles (habitats menacés d'espèces endémiques comme le quetzal, l'ocelot et le singe hurleur); conserver la diversité d'essences indigènes de grande valeur génétique comme Swietenia macrophylla, Cordia alliodora y Terminalia amazonia; et réduire la zone de migration des gens vers l'aire protégée de Lacandon.
Ce projet devrait aider à implanter de petites entreprises forestières dans deux écorégions du Chiapas comptant une population indigène.
L'impact possible sur la région où se déroulera le projet pilote est estimé à 300 000 tonnes de séquestration du carbone, moyennant un coût inférieur à 10 $US au moyen de l'aménagement de 1 200 ha de terres agroforestières et de l'aménagement et du rétablissement de 1 000 ha de forêts naturelles. La captation totale du carbone de ce projet est estimée à 126 tonnes/ha. Ce projet a été approuvé par le gouvernement mexicain et par la United States Initiative in Joint Implementation (USIJI).
70. Boisement permanent de la réserve de la biosphère de Sierra Gorda, Queretaro, Mexique : l'objectif de la réserve de la biosphère de Sierra Gorda est de préserver et d'améliorer les ressources naturelles de la région, et les travaux sont exécutés par les habitants de Sierra Gorda et par le Groupe écologique de Sierra Gorda, qui en sont les responsables. Onze régions qui revêtent une importance écologique particulière et recouvrent plus de 24 000 ha ont été protégées comme « zones centrales » et, en vertu d'ententes juridiques, elles ne seront pas touchées, même si l'on y trouve des propriétés privées.
Le projet de protection des forêts prévoit le boisement des secteurs dégradés. Les secteurs dégradés de la réserve de la biosphère de Sierra Gorda et les secteurs attenants qui revêtent le plus d'importance sur le plan écologique seront achetés par la société de fiducie « Joya de Hielo » et boisés par régénération naturelle en plus d'être protégés de manière permanente.
L'initiative sera menée par le groupe écologique « Sierra Gorda » avec l'aide technique de Woodrising Consulting Inc. et d'ECOSUR.
Ce projet diffère des autres en ce sens qu'il prévoit le boisement permanent des terres dégradées plutôt que la préservation ou le reboisement.
Seul le carbone séquestré dans les arbres et les racines sera vendu tandis que le carbone séquestré dans d'autres lieux (le sol et l'humus) sera préservé comme une garantie. Le coût de ce projet entre 2000 et 2004 s'élève à 504 000 $US, en échange de quoi les investisseurs obtiendront 170 279 tonnes de carbone durant les 100 ans de la vie utile du projet à un prix très concurrentiel de 2,96 $US par tonne séquestrée. Ce projet a été approuvé par le gouvernement mexicain et par la United States Initiative in Joint Implementation (USIJI).
71. Le rôle des forêts selon la CCCC-ONU retient beaucoup l'attention des forums internationaux consacrés à l'utilisation et à la préservation des forêts comme puits et comme réservoirs de carbone atmosphérique. Sur le plan stratégique, les délibérations n'avancent guère à cause de la polarisation des points de vue et des positions (WRI/PNUE/PNUD, 1992; Maini et Ullsten, 1993; avis de Stewart et Maini, 1995). La polarisation semble se concentrer sur trois grands thèmes.
72. En premier lieu, les pays industrialisés prônent des mesures très strictes pour conserver et protéger les forêts de la planète, surtout dans les régions tropicales. En revanche, les pays en développement craignent que le souci des pays industrialisés pour le déboisement des forêts tropicales soit sans commune mesure avec l'attention que l'on prête à la prévention du réchauffement de la planète par une diminution de la consommation de combustibles fossiles. Les pays industrialisés estiment par ailleurs devoir de toute urgence réduire leur consommation de combustibles fossiles. Par rapport à la question des changements climatiques, on admet que le déboisement n'est pas la seule cause, pas plus que le reboisement n'est la seule solution. En diminuant le déboisement, en lançant des programmes de reboisement à grande échelle, en remettant en état les friches industrielles et en intensifiant l'aménagement durable des forêts, cependant, on atténuera sans conteste certains des effets possibles du réchauffement de la planète. Mais, surtout, ces mesures procureront une foule d'autres avantages d'ordre environnemental, économique, social et culturel dans le cadre du développement durable (Main et Ulster,1993; avis de Stewart et Main, 1995).
73. En deuxième lieu, de nombreux pays en développement estiment que les tentatives de protéger et de préserver les forêts tropicales sont une forme de « verrouillage » de leurs forêts. Ils perçoivent cela comme une violation de leur souveraineté nationale et de leur droit à développer leurs ressources forestières pour répondre à leurs propres besoins de développement économique. D'autres y voient une tentative du monde développé (le Nord) d'entraver le développement économique des pays en développement (le Sud).
74. Enfin, l'engagement pris par les pays en développement de conserver et d'élargir les forêts de la planète et d'en renforcer le potentiel comme puits et réservoirs de carbone et de pratiquer la foresterie écologiquement rationnelle reste subordonné à l'octroi de crédits et de technologies supplémentaires à des conditions favorables par les pays développés. Essentiellement, les pays développés sont invités à dédommager les pays en développement des possibilités économiques auxquelles ils renoncent et de l'impact du réchauffement de la planète qui est le fruit des activités antérieures de déboisement et de développement économique des pays développés qui sont à l'origine de la majeure partie de la hausse des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère (Stewart et Main, 1995).
75. Les mesures proposées ici contribueront à renforcer le rôle des forêts comme puits du carbone. Ces mesures sont énoncées ci-après.
76. La première mesure est d'augmenter la couverture forestière totale pour qu'elle englobe tous les types de forêts (naturelles, replantées et nouvelles plantations). Elle prévoit également des programmes de plantation (plantations forestières commerciales et également programmes de reboisement) et la remise en état des terres forestières dégradées. Selon les estimations de Grainger (1988) et Houghton (1993), entre 765 x 106 ha et 865 x 106 ha de pâturages dégradés et de terres en jachère se prêtent à un reboisement dans les trois principales régions tropicales d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique. Le reboisement de ces terres sera difficile et demandera beaucoup de temps, d'argent et d'efforts, même s'il est indispensable de rétablir ces ressources pour les générations futures (Main et Ulster, 1993; avis de Stewart et Main, 1995).
77. La deuxième mesure consiste à élargir la couverture forestière permanente, notamment les régions situées dans chaque pays que les politiques nationales sur l'affectation des terres destinent à une couverture forestière permanente et non pas à une conversion à d'autres types d'utilisations. Cette cible vise les terres forestières que l'on destine à une utilisation commerciale en vertu de régimes d'aménagement (par le biais de l'aménagement durable des forêts) qui autorisent la régénération de la forêt afin de préserver son statut de forêt productive.
78. La troisième mesure consiste à protéger les forêts naturelles comme aires protégées naturelles, ce qui englobe plusieurs exemples de types forestiers représentatifs et exceptionnels protégés contre l'utilisation commerciale afin de protéger le carbone, la biodiversité et d'autres valeurs écologiques. La protection de forêts primaires ou de vieilles forêts illustre cela à merveille. Les forêts primaires contiennent beaucoup plus de carbone par hectare que les forêts secondaires ou les plantations forestières. Le stockage du carbone dans les plantations forestières ne se rapproche pas de celui des vieilles forêts pendant au moins 200 ans (Hasrmon et al., 1990; Cairns et Meganck, 1994; avis de Stewart et Maini, 1995). Même si une forêt secondaire peut séquestrer plus de carbone à court terme, les forêts primaires conservent beaucoup plus de carbone par hectare, ce qui empêche son rejet dans l'atmosphère. La préservation des vieilles forêts contribuera à conserver le bassin de carbone terrestre, tandis que les plantations forestières établies sur des terres dégradées ou remises en état peuvent augmenter l'importance du bassin de carbone terrestre total (Stewart et Maini, 1995).
79. Le plan forestier intégré proposé par Cairns et Meganck (1994) est un bon exemple des mesures d'atténuation dont il faut tenir compte dans le cadre des trois grands enjeux mondiaux de la biodiversité, des changements climatiques et du développement durable. Ce plan s'articule autour de quatre grands axes :
80. Pour que ces mesures aboutissent, il ne suffit pas d'obtenir l'appui politique et économique de chaque gouvernement, mais aussi la participation des habitants locaux, qui est l'un des paramètres les plus importants dont il faille tenir compte.
FAO. (1997). Situation des forêts du monde. Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation. Rome, Italie. 185 pages.
FAO. (1999). Situation des forêts du monde. Rome, Italie. 187 pages.
Masera, O. R. , Ordóñez, J. M. et Dirzo. (1997). Émissions de carbone tirées de scénarios mexicains. Changements climatiques, 35 : 265-295.
Ordoñez. (1999) Captura de carbono en un bosque templado : el caso de San Juan Nuevo, Michoacán. Instituto Nacional de Ecología - SEMARNAP, Mexico City. 77 pages.
SEMARNAP - INE. (1990). Inventario Nacional de emisiones de gases de efecto invernadero.
SEMARNAP. (1998). Programa Forestal y de Suelos 1995-2000.
SEMARNAP. (1999). Programa Nacional de Acción Climática. SEMARNAP, Mexico City. 189 pages.
Stewart, R. B. et Maini, J. S. (1995). Forest and Global Carbon Management : A Policy Perspective. In : Michael J. Apps et David T. Price (éd.). NATO ASI Series 1 : Global Environmental Change, Vol. 40. Springer-Verlag, Berlin Heidelberg. 387-400.