FAO/SMIAR: Rapport sur l'Afrique, Mars 1998:

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FAITS SAILLANTS


Les anomalies météorologiques liées à El Niño ont fait chuter la production vivrière en Afrique de l’Est. D’octobre 1997 à février 1998, des pluies très abondantes liées au phénomène El Niño, suivies d’inondations, ont causé des ravages dans plusieurs régions de l’Afrique de l’Est. Certains pays comme le Kenya et la Somalie ont enregistré des pertes de vies humaines, et des villages entiers ont été complètement coupés du reste du monde, ce qui a rendu très difficile la distribution de l’aide alimentaire et non alimentaire d’urgence. Les inondations ont causé des pertes de récolte et de beaucoup de bétail dans plusieurs pays et ont endommagé une bonne partie de l’infrastructure routière et ferroviaire de la sous-région, désorganisant le transport des marchandises à l’intérieur des pays et d’un pays à l’autre. Sous l’effet de la réduction des récoltes en 1997, due à la sécheresse en début d’année et à l’irrégularité des pluies par la suite, les dégâts causés par les inondations ont aggravé la situation alimentaire déjà précaire dans la sous-région, de sorte que les besoins d’importations céréalières, aide alimentaire comprise, pour 1998 ont été révisés largement en hausse. Les inondations ont également provoqué des épidémies et des épizooties mortelles.

La situation des approvisionnements alimentaires demeure difficile dans la région des Grands Lacs du fait de l’insécurité persistante, de la pénurie d’intrants et, durant la première campagne de 1998, des pluies abondantes et prolongées associées à El Niño. Au Burundi, malgré l’expansion des emblavures après le retour dans leurs foyers de nombreuses familles provenant de camps de regroupement, l’excès de pluie a réduit les rendements et la production, alors qu’au Rwanda, l’insécurité persistante dans certaines zones, conjuguée à l’arrivée tardive des pluies et aux inondations, a maintenu la production vivrière par habitant nettement en-deçà des niveaux d’avant la crise. Les prix des denrées alimentaires dans ces deux pays continuent de monter et deviennent inabordables pour une grande partie de la population. Les graves dommages à l’infrastructure en Afrique de l’Est, qui est depuis toujours vitale pour la région des Grands Lacs, ont fortement réduit les programmes d’aide humanitaire. Dans les provinces du nord Kivu et du sud Kivu en République démocratique du Congo, l’excès de pluie et les inondations ont aggravé les problèmes dus à l’insécurité généralisée et persistante, ce qui a beaucoup nui à la production vivrière. Dans tous les cas, la pénurie d’intrants agricoles continue de limiter dans une grande mesure la production vivrière.

En Sierra Leone, les perspectives alimentaires dans les zones rurales sont incertaines malgré la restauration récente de l’administration civile. Alors que la situation alimentaire dans les villes contrôlées par l’ECOMOG a commencé à s’améliorer, elle pourrait s’aggraver dans les zones rurales où le reste des forces rebelles s’est retiré. Si les combats se propagent dans ces zones, des familles agricoles seront déplacées et des activités agricoles vitales telles que la préparation des terres et les semis, qui commencent normalement en avril, ne pourront être menées à bien. L’aggravation de l’insécurité conjuguée à la médiocrité des infrastructures rurales entravera également la distribution des intrants agricoles. Déjà, des affrontements et des embuscades répétés, ainsi que des pillages et des incendies dans des villages ont été signalés dans certaines zones. Ainsi, si la paix n’est pas rapidement rétablie dans tout le pays, la production vivrière risque de chuter en 1998, ce qui provoquerait une forte augmentation des besoins d’importations céréalières et d’aide alimentaire.

Des difficultés d’approvisionnements alimentaires sont apparues dans quelques pays sahéliens, après des récoltes inférieures à la moyenne en 1997. Une longue période de sécheresse en juillet/août l’année dernière a beaucoup nui aux cultures en Gambie, en Mauritanie et au Sénégal et, malgré les bonnes pluies des mois suivants, ces pays ont enregistré des récoltes réduites. Toutefois, en Mauritanie, la reconstitution des réserves d’eau a amélioré les perspectives pour les cultures irriguées, dont la moisson a lieu en ce moment, ce qui devrait compenser en partie la réduction de la production de cultures pluviales. Des récoltes réduites par endroits ont aussi été rentrées au Burkina Faso et au Niger. Ainsi, la situation des approvisionnements alimentaires dans ces pays sera sans doute plus difficile en 1998 qu’en 1997. Les marchés sont encore bien approvisionnés, mais les prix des céréales sont élevés et montent encore dans les zones touchées. Déjà, les Gouvernements du Burkina Faso, du Niger et du Sénégal ont fait appel à l’aide internationale en faveur des populations touchées.

En Afrique australe, les perspectives alimentaires se sont améliorées car la menace d’une sécheresse due à El Niño recule. Avec la progression de la période de végétation, on fait maintenant preuve d’un optimisme prudent quant aux résultats probables de la campagne. Jusqu’au début de mars 1998, malgré des dommages localisés aux cultures dus à l’excès de pluie durant la campagne dans certains pays, les conditions de végétation ont généralement été favorables, avec des pluies normales ou supérieures à la normale un peu partout. Néanmoins, il faudrait qu’il pleuve encore au cours des prochaines semaines pour que les cultures parviennent à maturité, en particulier au Lesotho, dans le sud de la Namibie, au Botswana, au Zimbabwe et dans les régions du nord et du centre de l’Afrique australe où les précipitations ont été irrégulières.

Les besoins d’importations céréalières de l’Afrique subsaharienne pour 1997/98 seront sans doute plus importants qu’en 1996/97, la production ayant diminué dans plusieurs régions. Toutefois, la mesure dans laquelle les besoins augmenteront dépendra du résultat final des récoltes en Afrique de l’Est.


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